Un blog mettant en scène les récits épiques d'un représentant de la classe moyenne française agrémenté de billets d'humeur, de bons plans et d'échappées vers des classes moyennes du monde entier...

lundi 29 août 2011

La revue de presse de l’été 2011

Entre le fort mécontentement de la classe moyenne israélienne et notre rapport aux riches, l’été 2011 a été riche en débats et prises de positions.

Au niveau social, le fait marquant de cet été 2011 est sans conteste la révolte de la classe moyenne israélienne, aussi soudaine qu’intense. Toute la presse a relayé les témoignages de ces professeurs ou de ces médecins qui ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. A lire notamment les articles parus dans L’express, Le Monde et Libération.

Quelques journalistes un peu paresseux ont repris le récit de la saga de la famille Middleton, notamment Le Nouvel Observateur du 4 août. La fascination pour cette famille de la classe moyenne anglaise récemment anoblie ne se dément donc pas. Le parcours, jugé sans faute, de la petite entreprise familiale au mariage royal, a pourtant la saveur fade d’un conte de fées peuplé d’ambitieux. Pour mettre en perspective cette romance britannique, Psychologie Magazine nous interroge sur la fascination exercée par les riches en prenant appui sur la dynastie Bettencourt.

Cette fin d’été a confirmé l’attrait des « nantis » qui nous ont promis, via la presse, de contribuer à relever l’économie du pays. C’est beau comme une promesse de campagne électorale. Pour une approche plus originale des courants sociaux d’aujourd’hui, il fallait se référer au Monde Diplomatique qui a mené une belle enquête sur les verts allemands : « Dans le laboratoire de l’écolo-bourgeoisie ».

La conclusion revient au sociologue Jean Viard qui rend caduque l’existence même de ce site en déclarant dans Le Nouvel Observateur : « Il faut repenser la société en termes de niches et de segments et non plus en termes de classes sociales ». Et voilà qu’une citation aura suffi à nous ringardiser !

vendredi 26 août 2011

Ecrivain cherche appartement

Dans le magazine du Monde paru cet été, Vincent Ravalec raconte son parcours de primo-accédant. Ou comment un auteur de polar tourne en dérision le petit monde de l’immobilier.

C’est en découvrant que le montant de sa retraite, soit 6,50 € par mois, que Vincent Ravalec, auteur notamment de Cantique de la racaille, décide de devenir propriétaire. Renonçant à trouver un bien à Paris, le romancier s’intéresse à une GVF, à savoir une Grande Ville Française. Après avoir été déçu par la loi Scellier désormais moribonde, Ravalec – qui prend ici le nom de Pèpère – rêve à une maison qu’il pourrait louer à d’aimables étudiantes.

Brocardant les témoignages exaltés de nouveaux propriétaires trentenaires repérés dans la presse, le romancier a l’art et la manière de dépeindre cette quête parfois obsédante de la bonne affaire. Mais quelle est donc cette GVF ?

C’est le journal Sud-Ouest qui a trouvé la réponse. Il s’agit de Bordeaux dont Ravalec ne connaissait que la gare Saint Jean où il prenait une voiture pour se rendre dans sa maison des Landes. Soulagement dans les chaumières : Vincent Ravalec ne finira pas SDF. Le dernier épisode paraît aujourd’hui, sachant que cette série immobilière en quatre épisodes fera prochainement l’édition d’un ouvrage.

mercredi 24 août 2011

Que les salaires moyens lèvent le doigt !

Nous étions en 1982...
Petit clin d’œil à un film culte en référence à un appel facétieux invitant la classe moyenne à suivre l’appel des nantis pour sauver la France.

Les plus riches ne se cachent plus. Ils font désormais la une de la presse en implorant d’une seule voix : « taxez-nous » ! Copiant ses homologues américains, Maurice Lévy a été le premier à avoir lancé un appel solennel dans les colonnes du Monde pour une « contribution exceptionnelle des plus riches, des plus favorisés, des nantis. »

Et voici que 16 grandes fortunes lancent un nouvel appel dans Le Nouvel Observateur parmi lesquels on retrouve notamment Liliane Bettencourt (L’Oréal), Frédéric Oudéa (Société Générale) ou Christophe de Margerie (Total). Ils offriraient ainsi à la Nation une taxation temporaire et « raisonnable » de 1 à 2 % de leurs revenus. Cette générosité médiatiquement et politiquement bien orchestrée vient de rencontrer l’assentiment d’un bloggeur qui propose que la classe moyenne emboîte le pas à cet élan pailleté de solidarité.

Intitulé En réponse à l'appel des "riches", l'appel des moins riches..., un certain Jean-Marie Menin déclenche ainsi une polémique qui a tout l’air d’être un gag. Peut-être que dans la foulée verrons-nous naître un nouvel appel émanant des moins riches que riches, Rmistes ou chômeurs qui seront certainement ravis de voir leurs noms affichés dans la presse

La révolte des mangeurs de Sushi

Caricaturée par la presse conservatrice, la classe moyenne de Tel-Aviv, guettée par la précarité, est pourtant au cœur des revendications sociales en Israël.

Tout avait commencé par un modeste campement sur la bien nommée et très chic avenue Rotschild de Tel Aviv en juin dernier. Et puis, à l'image des révolutions arabes, les revendications de la jeunesse se sont étendues à l'ensemble de la société et notamment aux classes moyennes. Les raisons de la colère ? Le désormais célèbre pouvoir d'achat : les logements ont augmenté de plus de 60 %, les prix de l'alimentation et du carburant se sont envolés alors que les salaires stagnent.

Ils étaient plus de 100.000 manifestants à être descendus dans la rue le 31 juillet dernier, Jérusalem se retrouvant envahie par des familles avec poussettes. Le 6 août, ils étaient trois fois plus nombreux. La situation du pays étant saine, les Israéliens se retournent donc contre le Premier ministre Benyamin Nétanayahou. "Bibi, game over" aime crier a foule qui lui reproche notamment d'être "le fossoyeur de la classe moyenne".

Sur le site de France 24, quelques témoignages donnent une idée de l'ampleur des problèmes. "Sans l'aide de nos parents, nous ne pourrions pas nous en sortir" explique notamment un père de famille. Attention donc aux bobos, à ces mangeurs de sushis désormais suivis par les classes populaires, celles des "mangeurs de falafels".

lundi 15 août 2011

Une coupe bretonne à 10 €

Une coupe dans le vent
Au marché, entre un habile vendeur d’épluches légumes révolutionnaires et un breton expert en galettes de sarrasin, un coiffeur propose une coupe de cheveux à 10 €.

Le blog de la classe moyenne a testé pour vous le coiffeur de rue installé sur la place du marché de Concarneau. La tente dans laquelle s’engouffre un air marin tonifiant accueille à la fois des habitués et des touristes tentés par cette expérience capillaire à prix discount. Pour les plus réticents, le slogan précise qu’il s’agit d’un « vrai métier ».

Et pour légitimer cette pratique de coupe de cheveux en plein air, le site Internet du coiffeur ambulant se fait lyrique : « Dans la tradition bretonne, le coiffeur itinérant, au delà de sa fonction première, maintient des liens sociaux et familiaux dans une région à l’habitat dispersé. » Sous le petit chapiteau blanc, l’ambiance est détendue, on discute en attendant patiemment son tour. Ludovic pratique une coupe sur cheveux secs qui semble contenter tous les clients présents. Le vent balaie les cheveux coupés, et l’on respire dans ce petit carré de toile, loin des salons conventionnels saturés de laques et autres shampoings miracles.

Ce coiffeur de rue est également présent sur les marchés de Pont l’Abbé et de la Forêt Fouesnant. Une version urbaine dont la formule propose une coupe ou un brushing à 10 € en 10 minutes existe en outre dans les gares ou les centres commerciaux de quelques grandes villes françaises : Beauty Bubble.

jeudi 21 juillet 2011

« Je suis en amour avec la classe moyenne »

Au Canada aussi, la classe moyenne subit les effets de la crise économique. Confrontée à une hausse de 10% de l’immobilier ou bien encore agacée par l'augmentation des droits d’inscription à l’université, la classe moyenne canadienne donne des signes d’énervement.

Dans son "blogue" (selon l'orthographe en vigueur au Québec) - Le Chialeux de salon  - un confrère compare la situation canadienne à la situation européenne : « Pour ma part, je constate comme un peu tout le monde, que la classe moyenne québécoise s’est globalement appauvrie. Si la richesse relative est la même, et encore là j’en doute, les ménages doivent avoir deux adultes au travail pour espérer se payer une maison en banlieue. Cela dit, à voir le nombre de banlieusards avec deux voitures et une piscine dans la cour, je me dis que l’on est quand même beaucoup plus à l’aise que la classe moyenne européenne… ».

Pour étayer ses propos, il se réfère notamment à une passionnante série de cinq reportages programmés sur Radio Canada qui donne un aperçu des classes moyennes en Amérique du Nord mais aussi en Inde. La diffusion de ce document sonore donne lieu à des échanges de mails assez toniques comme par exemple : « Si tu as encore le moyen de rouler en 4X4 avec l'essence à 1.439$/ le litre ne viens pas te plaindre » écrit un auditeur.

Face à de nombreuses moqueries sur leur mode de vie, Lise Ravary, journaliste au magazine Châtelaine livre un sympathique plaidoyer : « Moi, je suis en amour avec la classe moyenne. Sans elle, il n’y a pas de pays. Pas de villes et pas de campagnes. Pas de culture. Pas de travail, pas de services. Aux dernières nouvelles, les gens qui achètent des autos font travailler des gens dans des usines. Les familles qui achètent des bungalows en banlieue font travailler les gens de la construction. La classe moyenne, c’est le plus grand réseau d’entraide planétaire. C’est elle qui paie la majorité des impôts, c’est elle qui élit les gouvernements. Or, la classe moyenne en a ras le pompon d’être ignorée. Ou, pire, méprisée par les élites. »

mardi 12 juillet 2011

Un livre qui parle de nos découverts

A la fin du mois, on mange des petits  pois

Chacun connaît le difficile colmatage de la digue des découverts bancaires dont on frôle le dépassement en fin de mois...

Evidemment, le titre n’est pas glamour. En l’intitulant Fins de mois difficiles pour les classes moyennes, Régis Bigot, économiste et professeur d’analyse sociétale de la consommation, ne prétendait  pas avoir conçu le best-seller de l’été. Mais quand même, voilà enfin quelqu’un qui semble s’intéresser à notre inconfort économique, à ces découverts chroniques comblés avec plus ou moins de bonheur.

Comme toute personne sensée, l’auteur commence par s’interroger sur la difficile définition de la classe moyenne en lui consacrant la moitié de l’ouvrage. Après une cinquantaine de pages affriolantes composées de graphiques et de références, l’auteur distingue les classes moyennes inférieures (dont le revenu par personne est compris entre 1120 et 1750 € par mois avant impôt) et supérieures (entre 1750 € et 2600 €).

Globalement, l’auteur affirme ensuite que depuis les années 70, leur niveau de vie a presque été multiplié par deux, rompant ainsi avec les « qualificatifs à connotation dépressive » actuellement associés à l’expression de « classe moyenne ». Cette crainte du déclassement serait d’ailleurs le ciment de cette classe sociale qui subit par ailleurs une précarisation professionnelle croissante et une augmentation réelle des dépenses « pré-engagées » (loyer, frais bancaires, chauffage, impôts, …) réduisant de fait sa liberté de consommation… Le point de crispation est celui du logement, de plus en plus cher, mais aussi de plus en plus confortable.

Amis catastrophistes, l’économiste vous le dit, la thèse de la paupérisation est fausse. Le sentiment d’instabilité sociale résulte d’un monde professionnel en pleine mutation et  de la célérité de l’enrichissement des classes aisées qui distancent de plus en plus des classes moyennes. Ah, les riches …

Fins de mois difficiles pour les classes moyennes
Régis Bigot, CREDOC, Editions de L’Aube