Un blog mettant en scène les récits épiques d'un représentant de la classe moyenne française agrémenté de billets d'humeur, de bons plans et d'échappées vers des classes moyennes du monde entier...

jeudi 14 juin 2012

Mon fils est au courant

Ça tient à peu de choses. Un Orangina pour deux commandé à une terrasse de café aura suffi à mon adolescent de fils pour se moquer de mes radineries de classe moyenne.

En grandissant, les enfants ont désormais vite fait de débusquer les stratégies déployées par leurs parents pour préserver contre vents et marées leur statut social. Quelques jours de retard dans le versement de l’argent de poche, l’achat différé au mois suivant d’un sweat à capuche, l’appel à la générosité familiale pour l’achat d’un vélo ou d’un Ipod à l’occasion d’un anniversaire… autant d’indices d’une tension financière qui avaient jusqu’à présent échappé à la sagacité de mes rejetons.

Voyant que je passais de longues heures sur des sites de comparateurs de prix pour remplacer le congélateur qui a osé lâché alors qu’il avait moins de deux ans (eh oui, j’avais dédaigné l’onéreuse extension de garantie), mon fils s’est exclamé : « C’est très classe moyenne ! ». Un petit tour au hard discount du coin, un voyage low cost avec une valise pour quatre, plus rien ne lui échappe. L’adolescence leur donne une acuité nouvelle, une curiosité aiguisée à l’égard du train de vie familial. Il est venu le temps du coming out social : « oui, fiston, tes parents font partie de la classe moyenne ! ». Gageons que son regard sarcastique me donnera un chouïa de recul pour mener à bien ce vaste récit de la classe moyenne.

samedi 28 avril 2012

Etes-vous sûrs de ne pas finir dans la soute ?


Réserver des billets d’avion sur Internet peut mettre vos nerfs à vifs. Attention à ne pas vous retrouver avec une valise neuve, une assurance inutile ou une voiture de location…

Nous avons testé le site d’une compagnie aérienne low-cost qui comporte bien des surprises et demande une vigilance de tous les instants. Une fois que vous avez trouvé la bonne case à décocher pour faire comprendre que vous n’êtes pas un ressortissant des Canaries (on veut juste aller en Espagne, on n'a rien fait de mal...), il faudra pouvoir rentrer son numéro de portable en prenant garde de détacher le 6 du 06 dans une case à part. Durée de l'opération : environ 20 minutes, à moins d'être un pro de ce genre de manipulations ésotériques. Une fois cette étape franchie, veillez à décocher la case pour éviter de vous faire livrer à domicile la valise pour environ 80 €.

Mais la grande astuce, la trouvaille la plus vicieuse, consiste à repérer la ligne cachée « pas d’assurance bagage ». Eh bien, cette clause se niche dans un menu déroulant, rangée en dépit du bon sens entre « Latvia » et « Lituania ». Bon courage ! 

Penser ensuite à décocher la location de la voiture et éviter de lire le texte anxiogène de toutes les horreurs guettant le voyageur lorsque vous renoncez à l'assurance. Il faut du courage pour valider cette terrifiante rubrique : « Je suis prêt à courir ce risque ». Tout fonctionne par des phrases négatives forcément stressantes. Cocher, décocher, la tâche est ardue. Alors, êtes-vous prêt à prendre le risque de réserver sur Internet ?

jeudi 19 avril 2012

Dernières places disponibles

Qui ne s’est jamais égaré sur le serveur Internet de la SNCF, cherchant la combinaison magique pour trouver le meilleur prix ?

A peine les vacances d’hiver terminées que pointent déjà les vacances de printemps et que les alertes pour l’été commencent à défiler sur ma boîte mail. Plus vite on réserve, plus bas sera le prix. Pour faire voyager une famille en train, plusieurs techniques existent. Des petits malins semblent avoir débusqué un tarif de groupe qui reste un mystère. J’ai testé l’efficacité de ma carte professionnelle me donnant 50 % de réduction (Abonnement Fréquence Seconde) qui s’est avèrée inefficace pour les IDTGV. Je tente aussi la formule quatre adultes qui m’avait donné parfois un tarif plus avantageux que si j’avais déclaré deux enfants et deux adultes… Et puis, à force d’ouvrir des onglets, je m’égare tandis que les prix les plus doux (bravo au service marketing qui a inventé cette appellation) menacent de disparaître.

Quelle est anxiogène la formule « dernières places disponibles ». Je les ai repérées ces sacrées places, puis égarées et quand je relance la recherche, elles ont disparu car c’est moi qui les ai réservées. Je me concurrence moi-même ! Et puis, en général ces places tant convoitées ne peuvent pas faire l’objet d’option : il faut commander maintenant. Un petit tour sur la solvabilité de mon compte et de retour sur le site de la SNCF, je constate que les places ont disparu. Au final, après deux heures courbé sur mon clavier, j’ai calé une vague option qui me conduit à prendre ses merveilleuses places en première classe, à quelques euros près de la seconde place, histoire de me consoler d’avoir perdu pour toujours ses énigmatiques « dernières places ».

lundi 19 mars 2012

30 € au distributeur, presque le bonheur

Le clavier magique
Petit frisson de pouvoir d’achat lorsque je m'octroie une somme qui dépasse les classiques 20 €

Aujourd’hui, chacun sait qu’avec un retrait de 20 €, on se condamne à une consommation raisonnée. 20 €, c’est le montant d’une course éclair à la supérette du coin, une rustine du jeudi entre les deux caddies du week-end. Rien de bien folichon. Mais 30 €… c’est me laisser une petite marge de manœuvre pour un plaisir à soi, un peu comme la taxe de luxe au Monopoly : l’occasion de m’offrir un lot de magazines, un verre à une terrasse de café avec une pâtisserie, un livre de poche, ... C’est un modeste bonus que je préserve jalousement pour m’accorder un fond de roulement pour s’affranchir du quotidien. Par contre, passer à 40 €, c’est prendre un double risque : se payer le contenu d’un cabas classique et creuser le découvert bancaire. 30 €, reste une folie terriblement raisonnable, un entre-deux dont le secret reste bien gardé.

mercredi 14 mars 2012

Enfin les bonnes définitions !

Le numéro de mars du magazine Alternatives économiques propose trois définitions pertinentes de la classe moyenne.

Ce précieux dossier élaboré en période électorale fait le point sur les inquiétudes de la classe moyenne ainsi que sur les bonnes idées et  les fausses solutions qui permettent de conserver ce « principal carrefour de la société ». Mais ce qui tranche avec  les montagnes d’articles et de dossiers qui lui sont consacrées, c’est la pertinence de sa triple définition : subjective, économique et sociologique.

L’acceptation subjective est évidente : elle concerne tous les Français qui ont le sentiment d’y appartenir, soit la majorité de la population française. La définition économique concerne les revenus définis entre 1160 et 2130 € après  impôts et prestations sociales pour une personne seule (chiffres 2008). On arrive ainsi à 50 % de la population. La dernière définition, sociologique, renvoie quant à elle à la division du travail, faisant des professions intermédiaires le cœur de la classe moyenne, soit 30 % des Français.

Si les analyses développées dans ce magazine sont judicieuses, l’iconographie est par contre ratée. Comme les classes moyennes redoutent  d’être les poires du système, on a droit à une photo de poires…  Pour illustrer le texte  suivant : « Les classes moyennes ? Un groupe hybride composé de professions intermédiaires et d’indépendants » on a droit à une photo de plages avec dauphin gonflable. Comme quoi la représentation de cette classe hétérogène reste éminemment complexe.

lundi 12 mars 2012

On nous a vus dans le Vercors

Les joies de la moyenne montagne
S’offrir des vacances aux sports d’hiver semble aujourd’hui être hors de portée de la plupart des familles françaises. Voici quelques astuces pour skier encore un peu.

Les vacances à la neige ne sont possibles qu’avec un petit pécule : un boulot en plus, un cadeau de la famille, un trop perçu des impôts, ... Ensuite, il convient de trouver une destination à hauteur d’un budget de la classe moyenne : la moyenne montagne. Il en va ainsi du Vercors, son ambiance de quadragénaires en polaire, ses Kangoos, ses combinaisons Decathlon.

Sur place, on privilégiera le ski de fond. Moins riche en émotion que le ski de piste (encore que les gloussements de professeures en pré retraite prenant de la vitesse dans les pentes douces des forêts laissent penser que les sensations sont bien là), le coût du forfait, soit 34 € les cinq jours pour un adulte est quasiment ridicule.

Difficile d’imposer le ski de fond aux enfants qui sont demandeurs de pistes de toutes les couleurs. Il faut alors faire preuve de patience pour s’y retrouver dans la grille des tarifs (Skiflex ? forfaits non consécutifs ? petite journée ?) répartis sur deux domaines distincts bien qu’ils soient situés l’un au-dessus de l’autre. Avec un peu de chance et d’audace, on peut compter sur la négligence du perchiste du tire-fesses en  faisant  skier quatre enfants pendant deux heures pour seulement 10 €. Quant aux tarifs seniors, le tarif réduit est accessible à partir de 70 ans, l’âge idéal pour descendre une piste rouge verglacée.

vendredi 2 mars 2012

« C’est une classe où on peut encore se faire plaisir »

Aujourd'hui Madame Classe moyenne
Nous autres, émission de société de France Inter, livrait le 17 février dernier le témoignage de trois femmes de la classe moyenne. A écouter toutes affaires cessantes.

Mea culpa. Ce blog consacré à la classe moyenne reste très masculin. C’est donc un devoir que de relayer cette émission intitulée La classe moyenne déclassée qui donne la parole exclusivement aux femmes. Marie-France, Claire et Diane ont des revenus qui vont au-delà des minimas sociaux mais pas suffisants pour vivre décemment. Marie-France (1500 € net par mois), mère de trois enfants, est contrainte à 51 ans de vivre avec sa mère. Son dernier luxe : son abonnement au club de gym.

Pour Claire (1500 € par mois, 3000 € pour le couple), la classe moyenne est « celle des soucis ». « C’est une liberté qu’on a perdu. On est descendu d’une marche » confirme-t-elle. Quant à Claire, « funambule » entre classe moyenne et pauvreté depuis trois ans, elle découvre les découverts bancaires et le frigo vide de la fin du mois.

Bien loin des clichés des Desperate Housewiwes, les récits de ces trois femmes sont bien plus révélateurs que n’importe quelle étude de sociologie. L'expression d'une colère sourde encore trop rare.